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LES CHRONIQUES DE Osvaldo Franque Buela

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LE MANIFESTE DE LA SOCIETE CIVIL DU CABINDA



0. Introduction

Notre identité en tant que Nation a été marquée, au cours de ces trois dernières décennies, par une profonde crise. Ce constat découle des adversités historiques et politiques vécues par son peuple. Les mêmes vicissitudes ont eu le mérite de faire germer une conscience identitaire plus solide, laquelle est devenue l'humus de tout notre processus d'émancipation politique. Pendant plus de trente ans, on nous a imposé la loi de l'humiliation, de la déportation, du musellement, du fouet, des mauvais traitements et d'une négation insistante et persistante de notre être en tant que Peuple et en tant que Nation.

Nous, les signataires de ce Manifeste, nous le faisons avec un esprit de fidélité à la terre (espace commun), à l'histoire (mémoire collective) et à l'identité (visage spécifique). Cette réalité tripartite, qui nous agrège, dépasse les aspects purement visibles. C'est pourquoi, notre mission est celle de mettre au service de cette noble cause tout notre capital intellectuel et affectif.

A cet effet, nous apportons au monde, de façon claire et non équivoque, la volonté et la détermination qui nous animent en ce moment décisif de notre Histoire.

1. Qui sommes-nous ?

Le Traité de Simulambuco est venu cimenter les traits ethnico culturels de notre identité en tant que Nation. Celle-ci a été reconnue comme une entité sui juris par les puissances coloniales. L'Histoire l'atteste. Par conséquent, nous nous affirmons comme héritiers légitimes des Royaumes de Ngoyo, Kakongo et Loango, qui existaient très avant l'arrivée des Européens. En témoigne ce qui est disposé à l'article 1er, nº 2 de la constitution portugaise de 1933, clairement exprimé sur la carte pré figurative de l'Afrique de l'OUA, de 1965, où il est repris sous le nº 39, et celui de la Société des Nations (SDN), de 1917, pour ne citer que ceux-ci. Par ailleurs, les démarches pour l'indépendance des deux territoires (l'Angola et le Cabinda) ont été menées séparément. Dans ce contexte, le Cabinda est une entité nettement séparée de l'Angola, géographiquement et historiquement. Prétendre le contraire, c'est fausser la vérité historique. Celle-ci ne trompe pas.

2. Notre condition

Des situations historiques, imprégnées d'une injustice criante, ont intégré le Cabinda dans l'Angola. Cela n'est arrivé qu'en 1956, par des motifs simplement administratifs, à l'instar d'autres puissances coloniales (v.g. la Belgique). Notre calvaire commence ici. Une «décolonisation honteuse» a fait du Cabinda une offre, une monnaie d'échange et une victime de plus d'un communisme déraciné, dépassé, placé en dehors du contexte, pseudo humaniste, sous la cape d'un internationalisme. On a instauré un régime typiquement colonialiste qui persiste à nier notre identité sous toutes ses formes. De temps en temps, il recycle, renouvelle et innove ses instruments de persécution, torture et machination politique avec des clémences, des amnisties, des intégrationnismes, des mémorandums, et cetera, enveloppés dans une couverture de fausseté.

En conséquence, la guerre continue à sacrifier inutilement des enfants Angolais et Cabindais. Il importe d'éclairer l'opinion publique que la guerre au Cabinda n'est pas fratricide, mais plutôt d'occupation. Elle charrie un rosaire d'atrocités, de morts et d'arbitraires, empêchant les populations rurales de mener une vie normale et rendant les gens des étrangers sur leur propre terre.

Dans ce contexte de domination coloniale, des phénomènes comme l'ostracisme et la misère n'y sont pas étranges ; de même que la spoliation systématique et effrénée des ressources naturelles, surtout le pétrole, la mère de notre malheur. Celui-ci est devenu plus important que le peuple auquel il appartient. C'est pourquoi, il détermine :

a) les politiques d'appauvrissement : Malongo est un antre d'injustice, marginalisation et racisme ;

b) les politiques de désertification humaine et économique (des transferts forcés de cadres Cabindais vers Luanda) ;

c) les politiques d'usurpation, collusion et insensibilité devant la souffrance du Peuple Cabindais ;

d) les politiques de soudoiement et de fausses négociations : les pétrodollars servent à tout : ce qui importe, ce sont les dividendes politiques ;

e) la présence de sociétés et de banques incapables de laisser une trace des sommes faramineuses qu'elles encaissent avec des projets de facturation douteuse et des salaires de misère qu'elles payent aux Cabindais.

3. Ce que nous Refusons

Les signataires de ce Manifeste se déclarent ouvertement opposés :

• à laisser notre destin dans des mains d'autrui ;
• aux politiques essayées pour ajourner systématiquement la résolution du différend entre l'Angola et le Cabinda ;
• aux tentatives constantes de défigurer culturellement le Cabinda avec l'offuscation permanente, la négation de la langue ibinda et l'élimination, pure et simple, des toponymes autochtones.
• à la régénération de l'esprit de la DISA (Direction d'Information et Sécurité d'Angola) et de ses méthodes répressifs tendant à réduire au silence des figures et des personnalités qui ne rentrent pas dans son cadre d'asservissement,
• aux man½uvres de division au sein de la Nation Cabindaise,
• à la restriction des libertés fondamentales.

4. Ce que nous Exigeons

Cent vingt-deux ans sont passés pendant lesquels les Portugais et, à leur suite, les Angolais ont manifesté l'incapacité d'interpréter, objectivement, la légitime aspiration de la Nation Cabindaise à l'autodétermination. Des indépendances récentes aussi bien en Europe qu'en Afrique ont mis à la surface une vérité irréfutable : la liberté est valable pour toutes les nations qui aspirent à elle. C'est pourquoi, sont injustes des épithètes ridicules et disproportionnés tels que «séparatistes», «indépendantistes», etc. alors que nous sommes dans un contexte d'annexion manu militari.

Nous, les signataires du présent Manifeste, compte tenu de tout ce qui précède, après une réflexion profonde et mûrie sur le moment historico politique actuel, auquel on insiste à fausser l'objet primaire de nos revendications, exigeons, avec tout le poids de la responsabilité historique qui pèse sur nos épaules, ce qui suit :

a)- la reconnaissance non équivoque de l'unique objet des revendications de la Nation Cabindaise : notre autodétermination, car «l'homme n'unit pas ce que Dieu a séparé» (D. Franklin da Costa, cf. in SIC Notícias).

b)- la création d'un cadre politique propice à un dialogue sincère et inclusif avec les représentants légitimes de la Nation Cabindaise.

c)- la fin du climat de répression politique et policière au Cabinda.

d)- le respect scrupuleux de notre dignité en tant que personnes ayant droit à la vie, à la liberté (de pensée, d'expression, de manifestation, d'opinion, etc.).

e)- la fin de la guerre d'occupation et l'ouverture de la voie conduisant à une paix véritable et durable.

f)- un nouveau climat de convivialité dans le respect mutuel entre Cabindais et Angolais.

5. Appel aux Partis politiques angolais et à la Société civile

La destinée du Peuple Cabindais est aussi votre responsabilité. L'avenir du Cabinda pourra être, pour vous, un motif de fierté ou de honte. De fierté, si vous étiez capables d'aider à construire, dans ce territoire, un avenir de véritable paix et de dignité fraternelle ; de honte, si le sentiment d'imposition de solutions humiliantes et de subjugation de ce Peuple frère au nom d'hégémonies absurdes et d'égoïsmes de domination persistait. Sur vos épaules pèse aussi l'erreur historique commis à Alvor , en 1975, laquelle a produit les accords de triste mémoire, qui sont morts en tout, sauf en ce qui concernait l'annexion du Cabinda.

Nous reconnaissons que votre action est déjà quelque peu notoire, mais il faut plus d'engagement, plus de participation, plus de persistance, plus de frontalité et même plus de vérité. Plus que le pétrole, qui incite aux ambitions, combien de fois démesurées, au Cabinda il y a un peuple avec son histoire, sa culture et ses spécificités. Donc, ne permettez pas que l'Histoire et les générations à venir vous jugent et condamnent pour des options mal faites et des décisions délibérément mal prises.

6. Appel à l'Église

L'Église a un rôle historique indéniable dans la résolution du conflit du Cabinda. En témoigne l'option pour la justice, pour la protection des plus faibles et opprimés. Depuis les premiers moments, l'Église au Cabinda s'est assumée comme prophétique. D'où les persécutions menées contre les clercs autochtones, pendant l'administration coloniale et l'option pour l'exil, à côté du Peuple. Celle-ci a su prendre une posture frontale contre l'idéologie marxiste-léniniste, défiant les autorités politiques contraires à la propagation de la foi chrétienne. Et à la suite de la même tradition, une nouvelle génération de prêtres et de pasteurs a adopté, avec authenticité évangélique, sa mission au sein du Peuple, dénonçant les injustices.
C'est cette Église que nous voulons. Fidèle à ses traditions, libre de compromissions politiques et entièrement tournée vers ses brebis.

7. Appel à la Communauté internationale

La communauté internationale joue un rôle crucial dans la prévention et la résolution des conflits entre les peuples et les États. En dépit d'une certaine inefficacité, elle est, aujourd'hui, plus que jamais, indispensable à la paix mondiale et la stabilité internationale.

Dans ce contexte, les Gouvernements avec des intérêts au Cabinda doivent comprendre que notre territoire n'est pas que le pétrole. C'est avant et au dessus de tout un Peuple, ayant droit à la vie et à la jouissance de ses ressources naturelles.

Aujourd'hui, le partage forcené de cette parcelle de terre que Dieu nos a donnée par des intérêts économiques étrangers va de pair avec le mépris de nos vies et de nos aspirations. D'un ½il, ils assistent quotidiennement à notre mort, alors que de l'autre ils amassent des fortunes qu'ils amènent en échange de rien. Serait-ce qu'ils n'ont pas un minimum de sensibilité ?

Nous faisons un appel aux Nations Unies, à l'Union africaine et à l'Union européenne, pour qu'elles adoptent, avec humanité et responsabilité,les mécanismes politico diplomatiques visant à ouvrir la voie à l'émancipation définitive de la Nation Cabindaise. C'est cela que nous attendons.


8. Appel aux Pays circonvoisins

L'instabilité vécue au Cabinda a toujours eu des répercussions négatives dans les pays voisins. La politique angolaise actuelle dans la région, avec plus d'accent sur le secteur de la défense et de la sécurité découle, justement, du conflit au Cabinda. Par conséquent, nous croyons qu'il est de l'intérêt de nos voisins, avec lesquels nous partageons non seulement une frontière commune, mais aussi la même culture, la pacification définitive du Cabinda.

C'est pourquoi, nous lançons un appel aux gouvernements des deux pays pour qu'ils comprennent notre drame et établissent, avec courage, les mécanismes diplomatiques auprès du gouvernement angolais pour une solution juste et digne de la «question Cabindaise».

9. Conclusion

Cette initiative tend à l'ouverture d'un espace pour un nouvel abordage du conflit du Cabinda. Il vise la recherche d'autres ententes qui passent par une nouvelle capacité de dialogue qui nous conduise à une solution. Celle-ci doit satisfaire les aspirations les plus authentiques de la Nation Cabindaise, sauvegardant un avenir de coopération, avec la réciprocité des avantages.

Nous voulons bâtir un avenir libre des traumatismes, violence et rancoeurs cumulés au cours de ces longues années de conflit angolo-cabindais. Pour cela, NOUS Y SOMMES, pour attester que nos signatures représentent la volonté du Peuple – que nous sommes.

Fait à Cabinda, le 10 Janvier 2008.

Nous signons,
CABINDAIS DU MONDE ENTIER

0. Introduction Notre identité en tant que Nation a été marquée, au cours de ces trois dernières décennies, par une profonde crise. Ce constat découle des adversités historiques et politiques vécues par son peuple. Les mêmes vicissitudes ont eu le mérite de faire germer une conscience identitaire plus solide, laquelle est devenue l'humus de tout notre processus d'émancipation politique. Pendant plus de trente ans, on nous a imposé la loi de l'humiliation, de la déportation, du musellement,...

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#Posté le mercredi 16 janvier 2008 08:57

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